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Je m'appelle Florence et je suis en deuil .

Je m'appelle Florence et je suis en deuil .

Je suis psychanalyste, praticienne en psychothérapie et sophrologue spécialisée dans le processus de deuil .
J'ai eu cette chance d'être suivie par des thérapeutes et c'est au fur et à mesure de ces accompagnements que j'ai pu digérer les pertes, les décès, les séparations .
Je n'échappe pas à la règle du commun des mortels, ce qui signifie que depuis hier, je suis à nouveau en deuil .

Comment je vivais les décès il y a quelques années .

Aucunement je ne participais aux funérailles, j'inventais une excuse bidon, tout simplement parce qu'aller à des enterrements , je ne pouvais pas .
Je ne ressentais aucune émotion particulière, il me semblait après tout que la mort c'était chez les autres et pas chez moi . Et pourtant à l'intérieur de moi , quelque chose me rongeait . Je pensais souvent à un oncle décédé en 1993 et je ressentais cette même peine , cette même souffrance pensant que c'était normal .
Petit à petit mon corps a montré des signaux , il tentait de m'alerter au travers de maladies, de fractures , de douleurs toutes plus insupportables les unes que les autres.
Un jour j'ai pris conscience que si je ne faisais rien, ma vie allait continuer ainsi, de blessures en blessures, de tristesse en peine plus profonde et quitte à aller mal , autant être accompagnée par un thérapeute .

Rupture et décès .

Premier duo rupture, décès: un divorce prononcé en février 1996 et le décès du père de mon ex-mari avec lequel je suis restée mariée 30 ans, 3 mois plus tard .
Second duo rupture, décès: une séparation d'avec mon ex-compagnon et le décès de mon oncle, le même jour , il y a 18 mois .
C'est à ce moment là que j'ai décidé d'observer le processus de deuil . Comment se sont fondues les deux pertes ? 
Les deux ne peuvent être vécues de la même manière à cause du lien que l'on entretenait avec la personne . Je venais de vivre deux ans avec un homme , on se séparait .
Mon oncle je le connaissais depuis 50 ans mais on ne se voyait pas tous les jours, ni chaque année .
C'est donc naturellement que j'ai laissé aller mes émotions vis à vis de cette vie avec l'homme que j'avais aimé pendant deux ans  : incompréhension, colère, peine, tristesse se fondaient chaque jour et chaque soir, je pleurais à chaudes larmes . Cela a duré quelques mois, puis cela s'est espacé .
Je le voyais dans chaque rue, dans chaque endroit où nous étions allés à deux . Je refaisais le scénario chaque jour en lui parlant , seule chez moi . Bref chaque émotion livrée à elle-même était vécue comme il se doit .
Je me sentais couler de plus en plus profondément , je me laissais submerger , j'ai accepté . 
Et pourtant dans le tréfonds de ces émotions, j'avais ce sentiment de ne plus savoir à quoi ressemblait la vie, c'était flou et dans cette confusion j'ai obtenu ma certification de sophrologue, je valide cette année deux autres certifications et une dernière l'année prochaine. J'ai ouvert mon cabinet, j'ai suivi mes patient(e)s , je les accompagne avec le même amour que je ressens pour mon métier .
Puis peut-être un an après j'ai pu enfin penser à mon oncle, pleurer, me souvenir des moments que nous avions partagé , l'aimer davantage et le remercier d'avoir été là pour me transmettre ce quelque chose que je garde feutré en moi . 
Je me suis tout simplement laisser faconner, transformer par ces deux deuils . Je sentais à l'intérieur de moi comme un massage viscéral qui me prépare aujourd'hui à la prochaine rencontre amoureuse car je sens que pour la première fois j'en ai réellement envie . Je ne cherche pas quelqu'un , je chemine pour rencontrer celui avec qui la suite de ma vie se vivra .

Il s'appelait Claude .

C'est mon oncle, décédé ce lundi, âgé de 74 ans .
Il a eu mal au ventre, il se promenait avec son fils ( mon cousin) . Ils sont allès à l'hôpital, rien d'alarmant , juste des examens à faire de temps à autre vu son âge .
Quelques heures après il est mort, chez lui .
Mon oncle c'est celui qui vivait avec mon père une aventure entre deux frères , ils travaillaient ensemble depuis 50 ans . Son acolyte, son double , ils s'appelaient tous les jours même s'ils se voyaient au sein de la société .
Par rapport à moi, j'ai découvert cet oncle maladroit dans l'expression de ces émotions il y a quelques années . J'ai travaillé dans cette société avec mon père et lui pendant près de 20 ans .
Je suis chavirée par mes émotions depuis hier, je pleure, je laisse aller . Je me demande aussi comment mon père va vivre cette rupture car mon autre oncle décédé il y a 18 mois c'était un autre de ses frères .

Je prends soin de mes émotions .

J'ai décidé de dorloter mes émotions. Si je suis triste j'accueille, si je pleure , je laisse couler . Mais il n'y a pas que cela .
Aujourd'hui je prends conscience de tout ce qui m'entoure, de toutes ces vibrations positives, de tous ces échanges que j'ai durant ma journée y compris avec mes patients et qui me nourrissent . Je m'entoure d'un tout et j'accepte ce qui ne peut se vivre qu'en pleurant car c'est cette façon de dire au revoir à quelqu'un que l'on a aimé , se souvenir aussi des bons moments en fait partie .
J'aime dire que si l'on accepte que la vie nous façonne dans les épreuves , alors on en sort transformée, différente .
La vie c'est un élixir , elle m'apprend qu'à chaque deuil, il y a une étape . Que les gens partis de ma vie m'accompagnent différement , sont toujours présents dans mon coeur . Ces personnes laissent d'elles une part qu'elles me transmettent pour me permettre de m'élever et de ne pas oublier que la vie c'est ce fabuleux chemin que l'on foule à pas feutrés , le tout en continuant de marcher, d'avancer à son rythme .

S'autoriser .

Le deuil c'est s'autoriser à prendre soin de soi, de ses émotions, de son vécu et aussi de sa douleur . C'est vivre au plus près de ses valeurs, être connectée aux racines que nos parents, grands-parents nous ont transmises .
Sans ces accompagnements pour le comprendre, le vivre, le transformer, je n'en serais pas à un tel accueil pour ce processus de deuil qui est en place depuis hier pour me permettre de vivre cette épreuve , au plus près de mes émotions .

La mort fait partie de la vie et l'accepter m'a ouvert à vivre mieux , en lien avec elle .
Il y a la vie puis la mort, pas de guirlandes autour du style: au moins il n'a pas souffert durant des années car lorsque la faucheuse est là, l'horloge s'arrête et il n'y a pas de mots pour la peine de chacun, elle doit être traversée sans effets décoratifs jusqu'à la rendre supportable .









21 octobre 2020
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